De la Nouvelle-France à la Conquête, les saints apôtres étaient à l’honneur, Pierre, Jean et Jacques étant les prénoms les plus usités. Par la suite, on a vu apparaître les Jean-Baptiste, François, Charles, Antoine, Michel et Louis, des prénoms de saints bien installés au paradis.
Selon Louis Duchesne, de la Société canadienne d’onomastique, on comprend que l'expression Pierre, Jean, Jacques signifie « chose, machin, chouette », sachant que ce sont les prénoms les plus populaires auprès des premiers Canadiens de naissance. C'étaient aussi, bien sûr, les principaux prénoms portés par les hommes venus de France. Le prénom Joseph fait son apparition.
Marie-Madeleine, Marie-Josèphe, Marie-Anne, Marie-Louise, Catherine, Jeanne, Anne, Marguerite et Geneviève étaient les prénoms les plus populaires chez les femmes. Sans oublier le simple prénom Marie, qui sera le plus populaire, particulièrement au XIXe siècle.
« La référence avec la Sainte famille, les apôtres et les saints en général était très présente à cette époque. Les parents se référaient à des saints et à leurs qualités. S’il semblait avoir les traits de caractère de sainte Thérèse ou de saint Louis, on donnait à l’enfant ce prénom. On le faisait aussi pour qu’il développe éventuellement les qualités de ce saint, de dire Normand Bergeron, curé des paroisses Saint-Michel et Très-Sainte-Trinité. On constate aujourd'hui que les anciens noms reviennent. Remarquez le nombre d’Antoine, de Mathieu, de Thomas chez les garçons et des prénoms composés avec Marie. »
On l’a mentionné, le prénom masculin le plus populaire de 1800 à 1900 est celui du père du sauveur des chrétiens. Qui est-il? Si vous avez répondu Joseph, vous êtes dans le mille. Jean-Baptiste est plus populaire encore qu’au XVIIIe siècle, bien qu’on remarque une hausse de Pierre, Paul, André, Charles, Georges, Félix, Thomas et Amable. Le prénom François-Xavier devient également plus fréquent.
Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, des prénoms tels Onésime, Narcisse, Octave, Napoléon (en l’honneur de vous savez qui), Édouard, Antoine et Olivier abondent. Louis s’avère toutefois le plus populaire, après Joseph.
Et chez les femmes? Marie, mère de Jésus, ne perdra jamais sa popularité au cours de ce siècle. Marguerite se classe au deuxième rang, mais Sophie, Julie, Émilie, Angèle, Célina, Adélaïde, Zoé, Henriette et surtout Philomène suivent de très près.
À partir de 1850, une majorité de femmes se voit toujours attribuer le prénom Marie, mais Philomène est de plus en plus populaire, ainsi que Joséphine, Célina, Rosanna, Emma et Alice. « Le prénom Philomène apparaît au début des années 1830 et devient rapidement populaire, si bien qu'il est donné à 15 % des petites filles en 1837 et à 14 % en 1838. Il s'agit d'un sommet rarement atteint. Philomène dépasse même Nathalie, prénom donné à 14 % des bébés filles en 1967 », soutient Louis Duchesne. Il ajoute que « ce n'est donc pas d'aujourd'hui qu'il y a des folies furieuses pour une nouvelle mode. »
Comme on peut le constater, la ferveur religieuse influençait grandement les parents lorsque venait le temps de baptiser leur enfant. Presque tous les prénoms étaient ceux de saints; ceux qui n’en étaient pas trouvaient leur origine auprès de personnages célèbres tels Napoléon et Joséphine ou Elisabeth et Charles (pour la reine et le roi d’Angleterre).
Dans un prochain article, nous passerons en revue les prénoms les plus populaires du XXe siècle.
Source : Prénoms et noms d'aujourd'hui et d'hier, de Louis Duchesne, membre de la Société canadienne d'onomastique

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