« N’essaie pas d’inventer, peins ce que tu vois. » Sur ce conseil d’un ami de son père, l’artiste peintre Philippe Corriveau a tôt fait de délaisser l’abstrait pour peindre ses paysages de prédilection. Ces derniers mois, son regard s’est posé au loin, sur des champs gelés, labourés ou en jachère.
Du 25 septembre au 6 novembre, les champs de Vaudreuil-Soulanges s’exposeront aux regards des visiteurs venus admirer l’interprétation aquarellée qu’en a fait Philippe Corriveau.
Le champ comme métaphore
Originaire de Lévis et établi à Vaudreuil-Dorion depuis 2005, le diplômé de l’école des Beaux-arts de l’Université Concordia met le public en garde : « Il ne s’agit pas d’une exposition anti-développement économique. Il faut plutôt la voir comme un hommage aux champs de la région de Vaudreuil-Soulanges. »
Comprenant le champ comme un lieu appelé à être transformé d’une quelconque façon, le designer graphique de formation présente ses aquarelles selon les couleurs des saisons et y intègre un élément humain : un fil électrique, la lumière de la ville au loin, une pancarte, un entrepôt. « Les champs d’ici ont le potentiel de faire pousser des légumes, précise-t-il. Mais est-ce une métaphore pour dire que les champs peuvent aussi faire pousser un hôpital? »
En opposant ainsi la présence de l’humain au champ traditionnel, l’artiste applique un traitement réaliste à ce qu’il voit. « Je ne peins pas des paysages nostalgiques, mais des tableaux modernes de ce qu’on voit autour de nous », souligne-t-il.
Sans tomber dans la dénonciation, Philippe Corriveau cherche à susciter la réflexion. Pour lui, le champ apparaît comme un canevas blanc dans lequel poussent la culture, l’agriculture et tout ce que les décideurs auront voulu y faire pousser. Mais en fin de compte, cet hommage aux étendues de blé appelle les gens à s’interroger : « Qu’est-ce qu’ils aimeraient voir pousser dans leur propre champ? » demande l’artiste.
Sitôt arrivé, sitôt engagé
Membre actif du regroupement Autour de nous, Philippe Corriveau affectionne la matière naturelle. Il y a deux ans, il présentait l’exposition Nouvelle terre à la maison Trestler, pour laquelle la terre de Vaudreuil-Soulanges fut étudiée, photographiée, observée et dessinée.
Transporté par cet élan centré sur la matière naturelle de la région, Philippe Corriveau a reçu, en 2009, 1500 $ dans le cadre du Programme de soutien aux initiatives en milieu culturel de la MRC. Cette bourse a servi, entre autres, à peindre quatre toiles grand format représentant les quatre saisons et qui seront exposés au musée.
Ne sachant trop où il se situe dans la lignée des peintres contemporains, sinon dans celle des artistes peintres Tom Hopkins et Jean Paul Lemieux, deux immortels qu’il admire, Philippe Corriveau porte un regard unique sur les paysages qu’il contemple et habite depuis six ans. Engagé dans le projet Piste cyclable en œuvres, associé au projet Circonflexe qui verra bientôt le jour, il entre au musée pour un mois et demi, le temps que ses aquarelles trouvent écho dans le regard du public.
Hommage très coloré à la diversité du panorama de Vaudreuil-Soulanges, l’exposition Champs prendra son envol dimanche au Musée régional de Vaudreuil-Soulanges (www.mrvs.qc.ca). Philippe Corriveau lance aussi son invitation sur le site Internet de la compagnie qu’il a fondée en 2002, au www.tofubox.com. Une rencontre avec le public aura également lieu le dimanche 16 octobre de 14 h à 16 h.


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