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Les visages de la fierté



Kewe Kane (Photo :Daniel Cuillerier)

Kewe Kane (Photo :Daniel Cuillerier)

Patrick Richard
Publié le 22 Avril 2010
Publié le 16 Septembre 2010
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Sujets :
Centre des adultes de L’Île-Perrot , Université McGill , Québec , Pérou , Canada

À l’échelle de la province, ils sont 91 % à se dire fiers d’être Québécois. Or, quel sens donne-t-on à la question? Pour y répondre, nous avons rencontré quatre femmes et autant d’hommes immigrants, arrivés ici il y a quelques mois ou près de 30 ans.

Fierté féminine

Depuis 2007, Sphère multiculturelle accueille et accompagne les nouveaux arrivants de Vaudreuil-Soulanges pour favoriser leur intégration. Dans les locaux de l’organisme, Kewe Kane, Lydia Castro, Norma Zertuche et Nathalirmène Rousseau ont discuté de la conciliation de leur fierté québécoise et de celle de leurs origines.

Fière de ses différences

Originaire du Sénégal, Kewe Kane vit au Québec depuis trois ans et à Vaudreuil-Dorion depuis décembre dernier. Venue ici pour étudier, elle finit par s’y installer par amour des lieux. Aujourd’hui, Kewe Kana parle d’une fierté qui s’est bâtie avec le temps : « Dès que j’ai commencé à réfléchir sur le fait de rester ici, j’ai ressenti une certaine fierté d’adopter le Québec comme lieu de résidence, comme mon deuxième pays. Je suis fière d’être ici, de me sentir Québécoise. En même temps, je suis fière de mon pays d’origine, de mes différences. Les deux fiertés cohabitent bien. »

Sa consœur Lydia Castro vit une histoire différente. Elle quitte le Pérou en 1971 pour visiter le Québec. Attirée par la beauté du territoire, elle s’établit ici, rencontre son conjoint et s’éprend rapidement de la culture des lieux et des gens. Si elle retourne régulièrement au Pérou, sa vie est ici, à L'Île-Perrot. « Je suis très fière d’être Québécoise. Je suis fière parce que j’ai adopté la culture et un mari québécois! Les deux cultures ont d’ailleurs plusieurs aspects en commun, notamment le côté latin. Je suis aussi fière d’être Péruvienne. Mais je serai toujours touriste, même en retournant dans mon pays d’origine. J’ai vécu plus de temps ici qu’au Pérou. Quand je reviens ici, je rentre chez moi. »

Fierté cosmopolite

Après avoir quitté son Mexique natal, Norma Zertuche s’installe ici avec son mari, d’origine française, il y a 10 ans. Plutôt que d’ouvrir leur entreprise où l’insécurité est quotidienne ou dans une Europe trop lointaine, ils s’établissent à Saint-Lazare, en partie pour leur amour des chevaux. Norma Zertuche parle d’une fierté basée sur l’ouverture de la province aux cultures étrangères : « Je suis fière d’être Québécoise parce que c’est l’une des provinces les plus accueillantes du pays. Je suis fière d’être au Canada, et surtout au Québec, parce que c’est cosmopolite. C’est une culture internationale et, en même temps, il y a des origines latines. Ici, c’est la moitié entre l’Europe et Mexico. »

De son côté, Nathalirmène Rousseau, présidente de Sphère multiculturelle, a laissé son pays d’origine, Haïti, pour des raisons politiques. Elle vit huit ans aux États-Unis avant de déménager au Québec en 2007, surtout en raison de sa vie sociale et familiale. Elle parle d’une fierté salutaire : « Quand ils laissent leur pays, les immigrants partent à la recherche de quelque chose qu’ils ne peuvent pas trouver chez eux. Quand ils le trouvent, c’est sûr qu’ils vont avoir la fierté d’être un des leurs. Mais leur identité originale les caractérisera toujours. La culture fait d’un individu ce qu’il est. Nous, on apporte un peu de couleur et de piment à celui qui nous reçoit. On s’apprend mutuellement, ce qui nous donne une fierté de nous sentir utiles ailleurs. »

Fierté masculine

À l’image de Sphère multiculturelle, le Centre des adultes de L’Île-Perrot aide les nouveaux arrivants en donnant, entre autres, des cours de langue. Les quatre hommes rencontrés tentent de perfectionner leur français. Hamid-Reza Eslami, Waldyslaw Pasikowski, Imran Bhatti et Nikolay Atanasov ont répondu, à leur façon, à la question de la fierté d’être Québécois.

La fierté : un état d’esprit

L’Iranien Hamid-Reza Eslami s’est envolé pour le Canada il y quelques années avant de s’établir à L'Île-Perrot, il y a un an. Il donne des cours d’anatomie à l’Université McGill. Ce physicien et docteur de formation parle d’une fierté étroitement liée à notre état d’esprit : « La fierté est basée sur un changement de l’état d’esprit. Il est très important pour les nouveaux arrivants. Étape par étape, j’ai changé cet état et me suis fait des amis québécois. Un moment important dans ma vie est quand nous avons construit notre maison. Cela signifiait que j’étais maintenant de ce pays, de cette province, et fier d’en faire partie. » À ses côtés, le Polonais Waldyslaw Pasikowski, électricien de métier établi à L'Île-Perrot depuis une douzaine d’années, lie sa fierté d’être Québécois à l’éducation : « Je suis d’abord Polonais et lentement je deviens Québécois. Je suis heureux d’être ici depuis 12 ans et fier de l’éducation, des langues et des professeurs. Le Québec offre une belle perspective pour les immigrants. Le problème, c’est surtout le travail. Ce serait très bien que le gouvernement accepte les diplômes de notre pays. Au bout du compte, je vis bien ma fierté d’être un Québécois d’origine polonaise. »

Fier? Plutôt heureux

Imran Bhatti, un Pakistanais installé ici depuis un an mais au Canada depuis neuf printemps, avoue parler rarement de fierté : « Au Pakistan, on ne parle pas de fierté. Nous, nous sommes ici pour une meilleure vie, et c’est ce qu’on trouve. La vie est relaxe comparativement à Vancouver ou à Toronto. D’être différent du reste du Canada, je vis très bien avec ça. Dans ce sens-là, je peux dire que je suis fier. C’est ma maison ici maintenant. On ne parle jamais de retourner là-bas. »

Le Bulgare Nikolay Atanasov, lui, est arrivé au pays en 2002 et est déménagé ici après avoir rencontré une Québécoise sur Internet. Marié et père de deux enfants, ce mécanicien parle d’une fierté qui n’a rien de politique : « La fierté n’a rien à voir avec la politique. Le plus important est que j’aime tout ici. Je me sens heureux. Je suis retourné en Bulgarie l’an passé, mais je me sentais comme un immigrant! Ici, c’est ma maison. Mes enfants sont nés ici, ils sont Québécois et fiers de l’être. »

Fierté territoriale

La fierté trouve donc ses racines dans le rapport de l’immigrant avec sa capacité d’intégration, l’accueil qu’il a reçu, ce qu’il donne en échange. Et c’est peut-être en lien avec son utilité pour le Québec qu’il va se sentir le plus fier. Il est maintenant chez lui ici.

De retour au pays, plusieurs immigrants ont raconté qu’ils rentraient à la maison, qu’ils se sentaient souvent plus Québécois que Sénégalais, Péruvien, Iranien ou Bolivien. Ou Pakistanais, Polonais, Haïtien ou Mexicain. Fierté territoriale ou fierté québécoise : même combat!

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