En 2008, les compagnies Enbridge et Pipelines Portland-Montréal ont annoncé un projet de transfert par pipelines vers Montréal et les États-Unis du pétrole issu de l'exploitation des sables bitumineux de l'Alberta. Le trajet du projet Trailbreaker concerne l’oléoduc reliant Montréal à Sarnia, en Ontario. Dans Vaudreuil-Soulanges, cet oléoduc traverse Pointe-Fortune, Rigaud, Très-Saint-Rédempteur et Sainte-Justine-de-Newton.
Le projet, qui nécessite des ajouts aux infrastructures, comprend notamment l’inversion du flux de pétrole d’ouest en est et la construction d’une station de pompage à Dunham.
En cas de rupture du pipeline en question, la qualité des eaux de surface et des eaux sous-terraines pourrait être sérieusement compromise. Dans Vaudreuil-Soulanges, de nombreuses municipalités dépendent de la qualité des eaux sous-terraines pour leur approvisionnement en eau potable. (Voir article en page 10.)
En plus des risques associés à la simple inversion du flux dans des équipements vieux de 60 ans, les risques d’incident augmentent avec l’élévation de la pression due à la viscosité du produit.
De plus, les produits des sables bitumineux sont plus corrosifs de par leur teneur en soufre, plus élevée que celle du pétrole de sources traditionnelles.
Toutefois, Pipeline Montréal défend la condition des conduits et insiste que, dans ces conditions, l’inversion du flux ne pose pas de problème. Pourtant, le 25 juillet dernier, un accident survenu au Michigan, dans un pipeline de Enbridge Energy Partners, a entraîné le déversement de plus de trois millions de litres de pétrole. La compagnie avait été avisée plusieurs fois des dangers que présentaient ces vieux conduits à cause de leur corrosion, à l’origine de l’incident.
Le 15 août, des citoyens de Dunham ont manifesté leur désaccord à l’égard de la construction d’une station de pompage. À leurs yeux, les risques de contamination des prises d’eau de 14 municipalités sont réels. De plus, ils ont rappelé l’incident de Saint-Césaire en 1999, où plus de 45 000 litres de pétrole ont été déversés dans l’environnement à la suite d’une brèche dans une station de pompage. « De l'Alberta au Québec, on veut des énergies vertes », ont scandé la centaine de manifestants. « Alors que le Québec tente d’instaurer une politique verte, que nous faisons des efforts pour redorer notre blason, nous servirons de point de transit pour le pétrole des sables bitumineux! » a dénoncé Pierre-Olivier Parent, organisateur du camp climatique qui se déroule jusqu’au 23 août.
Que faire?Une pétition déposée en juin par Scott Mackay, député du Parti québécois et porte-parole de l’opposition officielle en matière de développement durable et d’environnement, réclamait une enquête du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) et des auditions publiques sur l’inversion du flux dans les pipelines Montréal-Portland.
Le projet de renversement de la ligne numéro neuf est en attente pour le moment, à cause du faible prix du pétrole et des coûts de rentabilité. Toutefois, Meili Faille, députée de Vaudreuil-Soulanges, invite la population à être vigilante, car l'inversement du flux de l’oléoduc numéro neuf est toujours sur la table d’Enbridge : « Dès que le prix du baril de pétrole augmentera, il deviendra rentable pour Enbridge de déposer un tel projet, soit d'inverser le flux de l’oléoduc numéro neuf. Nous ne pouvons nous permettre qu'un tel plan se concrétise sans que la population se prononce sur les enjeux environnementaux. Vivement une étude du BAPE par le gouvernement du Québec sur l'ensemble du tracé québécois! »
« Les citoyens qui se sentent interpellés par les questions environnementales et le projet Trailbreaker peuvent nous joindre », a conclu Meili Faille.

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