Ton arrière-arrière-grand-père, il a défriché la terre
Ton arrière-grand-père, il a labouré la terre
Et pis ton grand-père a rentabilisé la terre
Pis ton père, il l'a vendue pour devenir fonctionnaire
Et pis toi, mon p'tit gars, tu l'sais pus c'que tu vas faire
Dans ton p'tit trois et demi bien trop cher, frette en hiver
Il te vient des envies de devenir propriétaire
Et tu rêves la nuit d'avoir ton petit lopin de terre
— Mes Aïeux
Notre génération a oublié les habitudes alimentaires de nos grands-parents et arrière-grands-parents. Au supermarché, en effet, il est de plus en plus difficile de trouver des produits locaux. Même en pleine saison des récoltes, les fraises de la Californie sont plus accessibles et moins coûteuses que les bonnes petites fraises des champs de Vaudreuil-Soulanges. La plupart de nos biens de consommation provient d’Inde ou d’Asie. Bientôt, il est à craindre que nous ne disposions que de fruits, légumes et autres vivres d’Asie pour nous nourrir.
Au Québec, nous ne cessons de construire des entreprises et des industries sur nos terres les plus fertiles. Pourquoi? Importer un maximum de « bébelles » et de produits transformés à l’extérieur du pays.
On pourrait ainsi facilement ajouter cette phrase à la chanson de Mes Aïeux : « après avoir vendu la terre, on l’a bétonnée pour acheter notre maïs ailleurs. »
Le développement industriel de Vaudreuil-Soulanges est clairement amorcé et la pression exercée sur les terres agricoles est de plus en plus forte. Je ne suis peut-être pas urbaniste, mais j’ai vu comment la région s’est développée depuis une dizaine d’années : en coup de vent. Le caractère champêtre dont
notre région se réclame disparaît lentement mais sûrement.
Cette semaine, la Commission de protection des terres agricoles du Québec (CPTAQ) a donné l’autorisation au Canadien Pacifique d’utiliser 311 hectares de terres aux Cèdres (dont 172 de terres agricoles) pour construire une gare intermodale. Ajoutez à cela les 1,6 million de pieds carrés pour le centre de distribution du Canadian Tire à Coteau-du-Lac et vous comprendrez que la quantité de terres qui ne pourront plus être utilisées pour l’agriculture augmente. La construction de l’autoroute 30 promet d’attirer des dizaines d’entreprises et d’industries dans la région. Quant au maire de Vaudreuil-Dorion, il n’est pas sans parler d’entamer des procédures pour dézoner les terres le long de l’autoroute 540 afin, justement, d’accueillir des industries. Dans moins de deux ans, Vaudreuil-Dorion n’aura plus de terrains disponibles. Les terres agricoles plus à l’ouest seront-elles alors convoitées par les industries?
Il ne faut pas oublier que Vaudreuil-Soulanges veut devenir une plaque tournante en termes de transport intermodal et de logistique. Mais qu’est-ce que le transport intermodal? Il s’agit du moyen le plus rapide et le plus économique d’importer plus en plus de marchandises asiatiques. Les conteneurs arrivent par millions dans le port de Vancouver. Ils sont transportés par chemin de fer vers différents points stratégiques (gares intermodales). Des camions acheminent enfin la marchandise dans les magasins. Vaudreuil-Soulanges, à l’intersection des autoroutes 20, 30 et 40, est l’endroit idéal pour une telle gare.
Il serait important de ne pas oublier que la construction de ces terminaux se fait au détriment des terres agricoles et de la qualité de vie des citoyens.
Étant donné ce développement effréné, le Québec entier sera bétonné. Les chiffres de la CPTAQ parlent d’eux-mêmes. À la fin du mois de mars, lors d’une conférence de presse, la CPTAQ a précisé que la perte des terres agricoles mettait en péril la capacité du Québec à s’alimenter. Les terres agricoles continuent d’être grugées par le développement résidentiel, industriel et commercial. Plus de 4 000 hectares de culture disparaissent ainsi chaque année au Québec. En 30 ans, la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) a perdu 32 000 hectares de terres agricoles. En 1980, le Québec réussissait à s’autoalimenter dans une proportion de 85 %, alors qu’aujourd’hui, on ne réussit qu’à s’alimenter à 55 %.
Pourtant, les commissaires n’ont pas hésité à dézoner plus de 170 hectares de terres agricoles aux Cèdres aux fins de l’industrie. Nous devons dès lors nous demander si la CPTAQ protège réellement les terres agricoles.
Le directeur général du centre local de développement de Vaudreuil-Soulanges indique qu’il ne reste que quelques terres zonées industrielles pour le développement et qu’il serait difficile d’en dézoner d’autres à cet égard. En revanche, qui empêchera les municipalités de dézoner quelques hectares ici et là dans quelques années? S’il ne reste que quelques terrains réservés à l’industrie, il est facile de croire que les terres agricoles seront une fois de plus sacrifiées pour le développement. Même si ces élus ont les meilleures intentions au monde, un jour, ils n’auront plus le pouvoir de faire cesser ce développement. Ces nouveaux élus pourront dire : « On a dézoné ces terres-là. Pourquoi ne pas en dézoner davantage? Ça va créer des emplois. »
Je n’ai rien contre le développement et la création d’emplois. Comme un agriculteur m’a confié récemment : « Nous accommodons toutes les compagnies et leurs bébelles. On nous donne comme excuse la création d’emplois. Mais tout cela ne fait que drainer nos ressources. » Ne faut-il pas, par conséquent, réfléchir ? Nous demander pourquoi nous sommes si dépendants des importations? Mais surtout : comment allons-nous nourrir les Québécois quand l’agriculture ne sera plus que chose du passé? Pourquoi ne pas créer dès maintenant plus d’emplois agricoles?
C’est la véritable question qui se pose. Car, voulons-nous sacrifier nos terres agricoles pour pouvoir acheter plus d’objets Made in China? Certainement pas moi.

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