Passionné par l’histoire des mots
Pierre Caron
À 62 ans, l’écrivain de Senneville Pierre Caron a déjà vécu des expériences dignes de faire un roman en soi et, pourtant, il prétend qu’il est en train de vivre une renaissance. Celui qui a passé sa vie dans le domaine du droit et qui a toujours gravité dans le monde de l’écriture vient de se remettre d’une épreuve dont il ressort grandi et, disons-le, content. Au cours de l’hiver dernier, il s’est subitement retrouvé sur la table d’opération pour une intervention cardiaque majeure. On lui a dit alors qu’il aurait pu y rester… Aujourd’hui, après des mois de convalescence, le voilà de nouveau sur pied et plus en forme que jamais. « J’ai le même éveil intellectuel qu’avant, mais une meilleure forme physique. J’ai donc un meilleur moral, et surtout, je n’accepte plus de contraintes inutiles dans ma vie. Maintenant, je focalise vraiment sur ce que je souhaite faire de ma vie », explique-t-il les yeux étincelants. On le sent, sa passion pour l’écriture est encore plus débordante et des projets, il en a plus que jamais…
La passion d’une vie
Le rêve de devenir écrivain, Pierre Caron l’a caressé tout jeune, alors que sa santé fragile le faisait rêver bien différemment des autres enfants de son âge. « Petit, j’étais toujours malade, je faisais de l’hépatite chronique et des otites à répétition. C’est pourquoi je faisais beaucoup de lecture. C’est à l’âge de 13 ans que j’ai décidé en mon fort intérieur que je voulais devenir écrivain », raconte-t-il imprégné de souvenirs. Ce fut alors un moment décisif pour Pierre Caron, qui a écrit son premier roman à l’âge de 19 ans, et son deuxième, deux ans plus tard. Les choses n’allaient cependant pas être faciles pour l’écrivain rêveur qu’il était. « J’ai ensuite vu mes manuscrits être refusés pendant 18 ans, explique-t-il avec la sérénité de ses 62 ans. Le milieu de l’édition était, et est encore, très complexe et il est très difficile de se faire publier, explique-t-il. Par contre, j’avais une volonté inébranlable d’écrire, d’être lu… La fierté d’être un écrivain quoi! Il m’a cependant fallu beaucoup de travail et de chance », souligne-t-il.
Quand la chance sourit
Comme le raconte ouvertement et fièrement Pierre Caron, des coups de chance merveilleux, il en a eus. « Un jour, l’auteur québécois Roger Lemelin m’a téléphoné pour me demander d’aller le rejoindre au Ritz Carleton de Montréal afin d’y rencontrer Pierre Belfond, un éditeur français qui voulait publier un roman québécois en France. On me proposait d’en être l’auteur, raconte-t-il, presque encore incrédule d’avoir eu ce privilège. Il voulait un roman d’environ 600 pages! » Voilà que Pierre Caron était alors lancé dans une aventure extraordinaire, qui marquerait sa vie; celle de raconter l’épopée grandiose de l’arrivée des premiers colons français à Québec… « Une fois mon premier manuscrit fini, on m’a proposé l’aide de l’auteur Georges Belmont, qui est venu m’aider à épurer mes textes. Ce fut ardu, mais combien bénéfique pour moi. J’ai dû améliorer la description de mes personnages, retirer des adjectifs superflus, restructurer des portions entières, etc. C’est grâce à mon humilité en tant qu’écrivain que j’ai évolué et Georges Belmont m’a formidablement aidé », exprime Pierre Caron, fier d’avoir accompli ce parcours jalonné de difficultés.
Se laisser inspirer par d’autres
En fait, pour Pierre Caron, c’est précisément cette humilité de ne pas être parfait du premier coup qui l’a mené où il est aujourd’hui. « De nos jours, beaucoup d’auteurs n’acceptent pas de retravailler leurs textes... Pourtant, c’est ce qui permet de grandir. Quand mon roman historique est sorti en France en 1982, nous en avons vendu 144 000 copies », souligne-t-il, laissant sous-entendre que ce succès de l’époque ne dépendait pas uniquement de lui... En fait, Pierre Caron sait reconnaître le génie d’autres auteurs et s’en nourrit. « Dans ma vie, j’ai toujours beaucoup lu et j’ai vite constaté que les grands écrivains de ce monde ont toujours écrit avec des mots accessibles. C’est ce que j’essaie de faire moi aussi; écrire de façon simple et profonde, donner du sens sans que ce soit enflé et boursoufflé… », précise-t-il, citant au passage ses auteurs préférés que sont Châteaubriand, Victor Lévy-Beaulieu, Anatole France… « La littérature, c’est ce qui permet de composer un moment de la vie, de capter l’émotion et de la faire vivre au lecteur, résume Pierre Caron. C’est le génie qu’ont eu les grands auteurs de ce monde, qui ont écrit des histoires qui nous interpellent encore aujourd’hui, avec des mots tout simplement accessibles et vrais. »
Faire vivre le passé
Pierre Caron, quant à lui, a aussi fait vivre la vraie histoire, avec des romans historiques qui font aujourd’hui sa notoriété et, surtout, qui nourrissent encore sa passion. « Quand j’ai commencé à écrire des romans historiques, tout était encore à dire et à décrire. Je voulais faire vivre l’histoire des débuts de notre nation, qui est aussi passionnante que celle de Napoléon! C’était la première fois qu’on pouvait vivre dans la peau de personnages toute l’épopée et l’intensité de l’arrivée en Amérique », lance-t-il passionné. C’est ainsi que Pierre Caron a créé, parmi d’autres romans, l’imposante trilogie La naissance d’une nation, truffée de faits historiques relevés, mais surtout de personnages attachants.
Auteur prolifique
Depuis sa sortie, sa trilogie a été publiée à plusieurs reprises et sera d’ailleurs rééditée pour les 400 ans de la ville de Québec en 2008. En fait, plusieurs des romans de Pierre Caron ont été réédités ou le seront sous peu. Par exemple, pas moins de huit de ses livres sortiront en 2008! Ses romans sont résolument à découvrir pour quiconque s’intéresse à l’histoire et aux auteurs québécois. Par ailleurs, on peut prochainement s’attendre à une deuxième trilogie, traitant cette fois-ci de la Survivance d’une nation, épopée aussi intéressante, sinon plus, selon le prolifique auteur qui n’a pas fini de faire parler…