Montupet est spécialisée dans la fabrication de pièces en aluminium pour les moteurs d’automobiles. Présentement, de sérieuses démarches sont entamées pour remplacer le contrat perdu avec Daimler Chrysler.
Exergue : L’entreprise Montupet est une multinationale française possédant des usines en France, en Irlande, en Espagne, au Canada et au Mexique. Sa seule usine au Canada, celle de Rivière-Beaudette, vient d’encaisser un coup dur.
Coup dur chez Montupet
Pertes d’emploi majeures à Rivière-Beaudette
La hausse du dollar canadien fait des ravages. Montupet perd un important client (Daimler Chrysler) au profit des États-Unis. En avril 2008, entre 130 et 140 personnes se retrouveront sans emploi.
À partir du printemps, Daimler Chrysler transfère la production de ses carters inférieurs de vilebrequin à une entreprise américaine, question d’épargner des coûts, notamment en raison de la force du dollar canadien. Voilà la triste réalité à laquelle seront confrontés, dans à peine trois mois, plus de 220 employés de Montupet à Rivière-Beaudette, fournisseur de Daimler Chrysler depuis 2003.
Grande surprise
Pour les dirigeants de Montupet à Rivière-Beaudette, la nouvelle était imprévisible. L’usine, spécialisée dans la conception et la fabrication de pièces d’aluminium pour les automobiles, avait été ouverte en 1988, justement pour desservir le marché américain, et voilà que celui-ci la boude. Une bien mauvaise nouvelle. « Bien sûr, depuis plusieurs années nous savions que nous perdions de la compétitivité en raison de la hausse constante du dollar canadien, mais nous ne pouvions anticiper cette décision de Chrysler », explique Michael Brison, directeur de l’usine. La surprise est d’autant plus grande que l’entreprise qui récupère le contrat de Daimler Chrysler est une nouvelle arrivée sur le marché. « C’est un tout nouveau concurrent pour nous », confirme monsieur Brison, signifiant que ce revirement était encore plus imprévisible.
Produit exceptionnel
Par ailleurs, monsieur Brison affirme que cette décision n’est pas liée à la qualité du produit fourni par Montupet. « Nous avions fait des efforts pour demeurer compétitifs et maintenir un excellent produit. Les gens ici ont très bien travaillé pendant 20 ans et possèdent une expertise de grande valeur », précise-t-il, convaincu que cet élément n’a pas joué dans la décision du constructeur automobile. « Notre produit était au top de la qualité », poursuit-il. Il semblerait donc que la conjoncture des marchés soit vraiment la cause principale du revirement de Daimler Chrysler.
Qui s’en va?
C’est vendredi dernier que les employés ont appris la dure nouvelle, et personne ne sait encore qui restera et qui partira. « Les coupures de personnel seront décidées ici à Rivière-Beaudette, mais il est encore trop tôt pour signifier quelle sélection du personnel sera faite », mentionne le directeur, visiblement affecté par la tournure des événements. Par ailleurs, une chose est sûre, les coupures toucheront tout le personnel de l’usine, les syndiqués comme les cadres. « On parle d’environ 110 employés syndiqués qui seront remerciés et de 20 à 30 cadres », précise-t-il.
Reclassement
Questionné à savoir si les retraits de personnel se feront graduellement ou massivement en avril, Michael Brison affirme ne pas le savoir jusqu’à maintenant. « Les modalités de retrait vont dépendre de ce que Chrysler nous demandera d’ici avril », précise le directeur, toujours dédié à livrer un produit de qualité à son client. Par ailleurs, monsieur Brison peut néanmoins confirmer que Montupet mettra en place un comité de reclassement à l’interne. « Montupet cherchera à relocaliser les cadres dans d’autres usines du groupe, alors qu’un autre plan sera mis en branle pour les syndiqués », signifie-t-il. Il faut cependant savoir que l’usine Montupet la plus proche en Amérique se situe au Mexique, les autres étant toutes en Europe. L’éventuel reclassement pourrait donc provoquer de grands bouleversements dans la vie des travailleurs concernés.
Relance possible?
Parmi les employés à être licenciés, plusieurs espéreront sans doute une relance de l’usine pour retourner en emploi, ce que ne rejette pas le directeur de l’usine. « On est en démarches constantes pour trouver de nouveaux contrats et nous allons continuer à le faire. Nos clients demeureront assurément des constructeurs automobiles, et on ne baisse pas les bras », affirme-t-il. Par contre, il y aura certainement une période creuse à prévoir selon lui. « Nous n’entamerons pas d’autres contrats d’ici avril 2008, et, par la suite, si nous en obtenons d’autres, il y aura un passage à vide dans la production, le temps de concevoir les pièces à produire et de préparer la production », explique-t-il. Au bas mot, le scénario le plus optimiste prévoit un délai d’au moins un an à partir d’aujourd’hui, si Montupet trouve rapidement des contrats pour faire fonctionner l’usine au rythme d’aujourd’hui. Les employés mis à pied en avril ne peuvent donc pas espérer être rappelés avant de nombreux mois, si l’usine est relancée.
Garder le cap
Par ailleurs, Michael Brison affirme que l’humeur demeure quand même soutenable à l’usine et se dit satisfait que la production se poursuive avec la même qualité. « Les employés savaient très bien que nous n’avions pas beaucoup de clients et que nous n’étions pas à l’abri. Ils l’ont appris ce vendredi, et c’est certain que c’est difficile pour eux, mais ils sont remarquables parce qu’ils continuent leur bon travail », conclut-il, satisfait de ne pas vraiment ressentir d’amertume des employés envers la direction de l’usine ou l’entreprise.