Élimination du Canadien
Excusez-moi, c’est d’ma faute
Quand on y pense, l’élimination du Canadien n’a rien de surprenant. En fait, pas pour moi. Comme tout le monde (pourvu que ce monde se situe à l’intérieur des frontières du Québec, peut-être un peu plus loin à l’est comme à l’ouest), j’ai cru en ses chances de faire son chemin jusqu’à la finale de l’Est. J’ai même osé prévoir une finale Sharks-Canadien. Mais ni l’un, et surtout, ni l’autre n’y sera. Après une saison exceptionnelle, la meilleure depuis 5475 lunes, les attentes étaient déjà dépassées. Mais le partisan tricolorien étant qui il est, il s’était mis à rêver à Lord Stanley, au discours platonique de Gary Bettman avant de remettre la coupe à Saku (« La canadienne est oune presq équip de centanné, brèvo ausse tchèmps piounne de la hockey glourieuse ») et à Carey Price avec un sourire, son premier, soulevant le Conn Smythe. Mais tout cela n’arrivera que dans la tête des partisans. Pourquoi? Oubliez les explications des experts, oubliez les parce que de Gainey, oubliez les discours des joueurs, des uns et des autres. Et surtout, oubliez les performances sur la glace.
Moi, je sais pourquoi.
Le Canadien a perdu parce que j’étais là. Assis dans la zone Molson Ex, avec ma serviette Go Habs Go fabriquée en Inde et mon chandail numéro 34 de Popovic, je n’étais pas du tout convaincu de la victoire avant même le premier coup de patin. Malgré l’ambiance survoltée jusqu’au but de Scottie Upshall (Scottie qui?) tard en troisième, je me doutais que le Canadien se ferait sortir le soir d’une de mes occasionnelles présences au Centre Bell. Depuis le retour du lock-out, soit depuis la saison 2005-2006, le Canadien revendique une médiocre fiche de 0 victoire et 12 défaites quand j’ai le fessier assis sur un banc bleu, parfois blanc, rarement rouge du Centre Bell. J’étais là pour (l’horrible) cinquième match de la série contre les Bruins, j’étais là pour toutes les défaites inimaginables depuis trois ans (en prolongation, en fusillade, remontée historique de l’équipe adverse en troisième, blanchissage, massacre, etc.), et j’étais là samedi. J’avais espoir que ma série noire se terminerait. Mais elle se poursuit de belle façon. C’est pourquoi je voudrais offrir mes excuses à l’organisation, ainsi qu’à tous les partisans du Canadien de cette présence mal venue. En sacrifice pour la cause de la sainte flanelle, je m’engage à ne pas assister à un seul match au cours de la 100e saison du Canadien l’an prochain. S’il le faut, je suis prêt à ne plus regarder le hockey en « gang » chez nous (parce que là aussi, la fiche est épouvantable) et, à la limite, à ne plus suivre le hockey du tout (sinon, pour faire perdre d’autres équipes). De toute façon, j’ai manqué trop de Virginie cette saison et de reprises de La poule aux œufs d’or pour me permettre pareille infidélité l’an prochain.
Voilà pour mon sacrifice. Le sacrifice ultime du partisan. Mais je ne pense pas être le seul à avoir causé cette défaite du rouge-blanc-bleu. Qui a failli à sa tâche? Qui a changé sa routine lors de ce dernier match? Qui n’a pas regardé la partie sur la même télé qu’à l’habitude? Qui a mis des bas orange? Qui a oublié de mettre son chandail du Canadien? Qui s’est levé pour combler un besoin lorsque Latendresse a touché la barre horizontale en troisième? Qui n’avait pas son objet fétiche bien en vue pendant le match? Qui a changé quoi que ce soit à ce qui allait bien avant? Le Canadien n’est plus des séries à cause de tous ceux qui sont passés sous une échelle en première, ont ouvert un parapluie en deuxième et cassé une bouteille de parfum en troisième. Rien à voir avec les joueurs. D’autant plus que Carbo, lui, avait mis sa cravate…
L’an prochain, je n’irai pas au Centre Bell et le Canadien va gagner la coupe Stanley. Vous verrez. Promesse de gardien de but. Mais que le partisan, le vrai, se lève et identifie ce qu’il n’a pas fait pour son club. Ou ce qu’il pourrait faire pour lui. Pour le bien de l’équipe, les choses doivent rentrer dans l’ordre et rapidement. Et rangez vos fanions précieusement, ils seront utiles plus longtemps l’an prochain.