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Un sculpteur hors des sentiers battus

Jean-Jacques Chapdelaine

Marie-Jacinthe Roberge par Marie-Jacinthe Roberge
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Article mis en ligne le 20 juin 2007 à 10:51
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Un sculpteur hors des sentiers battus
Jean-Jacques Chapdelaine
À 75 ans, Jean-Jacques Chapdelaine est un artiste sculpteur qui a vécu beaucoup d’expériences et qui en a long à raconter. Alors qu’il était récemment de passage dans la région de Vaudreuil-Dorion, où il n’avait pas mis les pieds depuis de nombreuses années, je l’ai rencontré pour le plus grand plaisir de découvrir un homme plein de richesses, encore vif et engagé. Un homme qui n’oublie pas le passé et qui continue à aller de l’avant, avec toute l’ardeur dont il est capable. D’une douceur et d’une sérénité communicative dans ses gestes et son attitude, Jean-Jacques Chapdelaine fait preuve d’une audace remarquable dans son art de vivre et sa créativité. Un personnage singulier et incontournable, qui venait dans la région pour réinstaller une des ses sculptures sur les murs de la Cité-des-Jeunes, alors qu’elle avait été égarée pendant de nombreuses années.
Parcours unique
Le parcours artistique de Jean-Jacques Chapdelaine a commencé alors qu’il était encore jeune. Alors qu’il faisait preuve d’un talent évident pour les travaux manuels et qu’il regardait avec intérêt son grand-père menuisier travailler le bois, son père a pris l’initiative de l’envoyer à l’école du meuble pour qu’il apprenne un métier. Ébéniste, voilà une formation qui convenait au créateur en lui, mais c’est en arrivant sur le marché du travail que tout a changé. « La fabrication de meubles en série m’a scandalisé. On était à cent lieux du meuble d’art et on était dans une logique très commerciale et j’avais presque l’impression d’être malhonnête. »

Le destin de Jean-Jacques Chapdelaine a en été marqué pour toujours. « N’en pouvant plus, j’ai quitté ce domaine pour me concentrer vers autre chose. Je me suis entre autres mis à la gymnastique. L’exercice physique, la bonne alimentation et une vie saine me faisaient du bien. Par contre, j’ai vite réalisé que ce n’était pas suffisant, que je ne m’épanouissais pas… C’est graduellement comme ça que la sculpture a pris le dessus de ma vie. » Déjà jeune adulte, Jean-Jacques Chapdelaine n’avait visiblement pas un parcours comme les autres. Il avait emprunté des voies qui sortent de l’ordinaire pour l’époque et ce n’était que le début. Son art allait l’amener à côtoyer d’autres grands artistes et à vivre une vie bien remplie.
Douce Vaudreuil-Dorion
Le lien de Jean-Jacques Chapdelaine avec la région de Vaudreuil-Dorion? Et bien tout un! L’artiste originaire de Montréal, qui a souvent déménagé dans sa vie, a vécu à Vaudreuil-Dorion de 1965 à 1971, dans la première maison de son ami Félix, dans l’anse, aujourd’hui démolie… Il a côtoyé les grands artistes qui gravitaient alors dans la région; les Sutto, Mauffette, Leclerc, Marcel Sabourin, Gilles Carle qui sont passés par Vaudreuil-Dorion, pour ne nommer que ceux-là. « Ça bougeait beaucoup ici à une certaine époque… », dit-il la tête remplie de souvenirs. Pas surprenant de voir le créateur un peu bohème et confiant s’installer où ça bouge… « C’est une pure intuition qui m’a amené à venir vivre ici et ce fut une période prolifique », raconte-t-il.

En arrivant à Vaudreuil, Jean-Jacques Chapdelaine s’est mis à donner des cours de sculpture dans l’étable derrière sa maison afin de gagner sa vie, tout en continuant à créer ses propres œuvres sculpturales. La vie a doucement fait le reste du travail pour lui. « Un jour, des gens sont tombés en amour avec une des mes sculptures et on m’a offert de déménager mon atelier de cours à la Cité-des-Jeunes. De fil en aiguilles, je suis devenu directeur du département des arts.» C’est donc par l’expression tranquille de son art que Jean-Jacques Chapdelaine a trouvé ici la sécurité pour continuer à créer. « Même dans le silence total, l’art fait son chemin », lance-t-il, conscient de l’influence que ses sculptures ont eu dans sa vie.
Esprit libre
« Ça ne sert à rien de faire beaucoup de bruit, raconte-t-il. Aujourd’hui, le bruit passe avant toute chose. Les gens sont vedettes avant d’être des artistes. Moi, je n’ai rien à faire du succès, la seule chose que je veux, c’est m’exprimer. » Force est de constater que cela a fonctionné, puisque c’est ce qu’a fait Jean-Jacques Chapdelaine toute sa vie, par l’art. Un véritable esprit libre, vivant pleinement et sans contrainte. Il a vécu des mois sur un bateau en plein hiver québécois, « les gens m’appelaient le pirate! », il a visité l’Inde à plusieurs reprises et a même marié une Indienne, a déménagé en Gaspésie et s’y est construit lui-même une maison fait de bois de grève, de roches naturelles et de matériaux recyclés… Un personnage vraiment singulier, qui s’exprime vivement dans toutes les facettes de sa vie… « Il faut vivre comme on se doit de vivre et l’influence sur les autres se fera d’elle-même », explique-t-il.
Le geste
C’est d’ailleurs avec cette philosophie que l’artiste a entrepris des démarches il y a plusieurs années afin de faire revivre une de ses sculptures, « Le geste », qui avait été retirée de la Cité-des-Jeunes dans les années 80. « À une certaine époque, la société a mis de côté l’art et a tout foutu en l’air. Ma sculpture a été du lot. Par contre, après des années de démarches, je viens enfin la réinstaller avec le support d’une belle équipe de la Commission scolaire et je suis fier de ça… » Visiblement, l’homme est vif et dynamique et il tient à ce que l’art traverse les époques, avec tous les messages qui viennent avec. « L’art moderne a de la valeur et je tenais à ce que cette œuvre soit restaurée et réinstallée. C’est une forme d’expression et c’est tout ce qui compte pour moi », a-t-il confié, fier d’être enfin rendu au bout du processus et de laisser sa marque à Vaudreuil-Dorion, ville qui lui rappelle tant de beaux souvenirs. C’est maintenant certain, les gens de Vaudreuil-Dorion garderont la trace de ce personnage alors que sa sculpture est dorénavant exposée dans le pavillon Paul-Gérin Lajoie de la Cité-des-Jeunes.

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