Hurley était à Endurance, ce que Leclerc est à Sedna
Un cinéaste en Antarctique
Le 27 octobre 2005, Martin Leclerc quittait Vaudreuil pour se rendre sur le Sedna IV, un voilier de recherche en route vers l’Antarctique. La mission première était de documenter l’impact du réchauffement de la planète et de capter sur film les répercutions des changements climatiques. Mais la mission devait également faire le parallèle avec les exploits d’Ernest Shackelton sur le Endurance, en 1914. Comme le célèbre photographe et cinéaste de l’époque James Francis « Frank » Hurley, Martin Leclerc, ramènera un trésor d’images 600 heures de film et des milliers de clichés.
Le cinéaste est revenu le 27 novembre 2006 après 13 mois de travail, d’isolement et d’aventure. Sans être emprisonné comme son homonyme Frank Hurley, Martin Leclerc a hiverné avec 13 hommes et femmes sur le continent austral et ses images passeront à l’histoire, elles aussi. Un long métrage, trois documentaires et une série de 13 émissions sont déjà prévus.
La caméra suspendue tout juste au dessus de lui dans sa couchette, Martin Leclerc suivait les scientifiques et toute l’équipe. « Je veux avoir toute l’histoire ». Dans un décor aussi grandiose, le cinéaste a du mal à poser sa caméra. Par exemple, pour Martin Leclerc, la tempête qui a chassé Sedna de son premier mouillage hivernal dans la petite baie de Melchior a permis comme un renouveau, une occasion de faire de nouvelles images. Surtout, la baie Sedna, a offert un beau cadeau, la visite de Napoléon, un manchot empereur, un des coups de cœur de Martin. Ils ont été nombreux, les albatros, les manchots, les baleines et tous les autres à connecter avec le photographe/cinéaste.
Les avaries
Une aussi longue route, en mer hostile, pour aussi longtemps, ne serait se faire sans problème. Les ennuis n’ont pas été trop nombreux mais la vie à bord a quand même été chamboulée à quelques reprises.
Panne du désalinateur : Il est impossible d’emporter une réserve d’eau douce suffisante pour toute la durée de la mission. Sedna était donc équipé d’un désalinateur qui, comme son nom l’indique, élimine le sel de l’eau. Un désalinateur n’est pas très efficace lorsque l’eau est froide. Résultat : pénurie d’eau douce. Solution : récupération de l’eau de fonte des neiges sur le bateau, collecte de glace (l’action du gel permet d’évacuer le sel des blocs de glace, encore faut-il reconnaître les bons morceaux!) et ration de l’eau :une seule douche par semaine par équipier. Steven Pearson, le mécanicien de bord, viendra à la rescousse avec son système de préchauffage de l’eau. Selon Martin Leclerc, sans l’ingéniosité de Steven, la mission n’aurait pas été possible.
Bris des amarres et des ancrages dans la baie Melchior lors d’une tempête Résultat : recherche d’un nouveau mouillage et perte de plusieurs mètres de câble Solution : commande et livraison de câbles gros calibre pour amarrage dans la baie Sedna.
Un circuit brûlé dans la caméra, résultat le tournage est compromis. Solution : une réparation dite impossible sera effectuée grâce à l’expertise d’un technicien de Sony au bout du fil, de l’autre côté du monde. Sans compter les tentes emportées par le vent, la glace sur le pont, la force des rayons ultra-violets (disparition de la couche d’ozone), etc., Martin Leclerc a été impressionné de la réaction de ses équipiers qui n’ont jamais paniqué malgré ces problèmes et surtout malgré l’isolement. L’être humain est tout d’abord un animal social pour qui le contact avec ses proches et les membres de sa famille est gage d’équilibre affectif. Loin de Lise, de ses enfants et de ses petites enfants, Martin a bien tenu le coup, comme tous ses compagnons d’ailleurs.
Il fait trop chaud!
En Antarctique, les changements se trouvent accélérés en raison de la présence des glaces. Ce phénomène était déjà connu de la communauté scientifique mais tous sont sidérés de voir à quelle vitesse les changements s’effectuent.
Lors d’un hiver typique, les températures froides sont maintenues grâce à la réflexion des rayons du Soleil par la couche de glace et de neige, un phénomène naturel appelé albédo. Mais le retrait des glaces dévoile un sol de roche et de terre et plutôt que de réfléchir la chaleur solaire, le sol l’absorbe, ce qui accélère davantage le réchauffement.
Les glaces fondent à un rythme beaucoup plus accéléré que tous les modèles le prédisaient, même les plus pessimistes. La fonte des glaces entraîne un apport d’eau douce dans l’océan ce qui modifie la température, le niveau, la salinité et la densité de l’eau. Dans la deuxième baie d’hivernage, les scientifiques qui connaissent bien l’endroit estiment que le débit d’eau aurait doublé en seulement 7 ans. Le paysage n’est plus le même, la Terre ne sera plus jamais pareille. De plus, la formation de la banquise est significativement réduite. Tous ces bouleversements modifient considérablement les conditions pour l’ensemble des espèces animales adaptées aux conditions du milieu.
Martin Leclerc a donc vécu un hiver antarctique complètement changé avec des températures beaucoup plus chaudes, le mercure n’est pas descendu plus bas que –14 degrés Celsius, pour une moyenne d’environ -5 C. Les surfaces de glace moins importantes, -la banquise n’a été présente que pendant un mois– plutôt que d’être immobilisée de façon sécuritaire dans les glaces, Sedna IV a subi les assauts des glaces en mouvement. Privé de la banquise, les déplacements de l’équipe et de leur équipement ont posé de nouveaux problèmes quotidiennement.
Les images signées Martin Leclerc ne sont pas toutes encore disponibles mais les passionnés peuvent quand même s’offrir un beau voyage grâce aux photos propriété de Glacialis sur cette page et sur le site
www.sedna.tv.