Construit à la fin du XIXe siècle, le canal de Soulanges a été fermé à la navigation en 1959. Transféré à Québec en 1964, il serait le seul canal de tout le Canada qui ne soit pas fédéral. (Photothèque)
L’heure des bilans pour le canal de Soulanges
Dans l’attente d’une décision gouvernementale
Alors que la Régie intermunicipale du canal de Soulanges, ayant fourni toutes les études et réponses nécessaires aux décideurs, arrive à la fin de son mandat, quels éléments pèseront dans la balance pour qu’enfin les autorités donnent une réponse formelle au projet?
Albert Daoust, directeur de la Régie intermunicipale du canal de Soulanges, et Robert Sauvé, président de la Régie, affirment ne jamais s’être rendus aussi loin dans le processus politique. Quels facteurs déterminants jouent en faveur du projet et quels autres peuvent nuire à son avancement?
Réponses claires
D’entrée de jeu, Albert Daoust et Robert Sauvé s’entendent pour dire que le travail accompli par leur organisation pèsera fort dans la balance. La Régie a maintenant terminé de fournir les études, plans et soumissions que le gouvernement attendait pour prendre une décision. Un travail colossal qu’ils disent avoir accompli de façon purement apolitique. « Tous les professionnels, ministères et politiciens sont rassurés et impressionnés du travail qui a été accompli jusqu’à maintenant, explique Albert Daoust, parce que toutes nos démarches ont été appuyées par des sommités dans leur domaine et parce que toutes les études ont été faites de façon neutre », signale-t-il.
Appui régional
Par ailleurs, Robert Sauvé et Albert Daoust affirment que l’appui des gens de la région au projet lui donne beaucoup de poids. « Nous avons le crédit d’avoir pu créer une synergie avec le milieu et les élus », argumente monsieur Sauvé. La députée Lucie Charlebois est aussi de cet avis. « Le projet est unanime dans Vaudreuil-Soulanges. Les 23 maires ont signé une résolution d’appui au projet, les gens d’affaires sont en sa faveur et la majorité des citoyens en veulent aussi », résume-t-elle, convaincue elle aussi qu’il s’agit d’un atout majeur à sa réalisation. « Le canal a longtemps été un moteur économique pour Soulanges, et on veut qu’il le redevienne », exprime celle qui dit rencontrer de plus en plus d’insistance de la population pour la réouverture du canal.
Nature du projet
Par ailleurs, selon messieurs Daoust et Sauvé, la nature même du projet joue en sa faveur. « L’humain, partout sur la planète, a toujours été attiré par les rives », explique Albert Daoust. Selon eux, le projet attirerait bon nombre de touristes, venus de partout. « C’est un dossier suprarégional, porteur et structurant pour toute l’économie », insiste Albert Daoust. Même d’un point de vue strictement axé sur le nautisme, il croit le projet déterminant. « La réouverture du canal désenclaverait les écluses de Beauharnois, qui freinent actuellement le développement du tourisme nautique au Québec », explique le directeur de la Régie, convaincu que le canal bénéficierait de la clientèle de l’Ontario et du nord-est des États-Unis. Ainsi, à bien des égards, le projet a une envergure touristique qui dépasse largement nos frontières.
Question d’investissement
D’autre part, le directeur de la Régie et son président sont aussi convaincus que le retour sur l’investissement du gouvernement justifie à lui seul qu’on injecte des fonds dans le projet. « En fait, la réouverture du canal de Soulanges, au coût estimé de 160 M$, générerait des retombées partout au Québec. Il y a un potentiel de 400 à 500 M$ d’investissements en rives du privé si le canal est rouvert », spécifie Albert Daoust, qui croit qu’il s’agit d’un puissant levier pour l’économie. « En plus, contrairement aux usines et aux multinationales, le canal ne pourra jamais déménager à l’étranger, et c’est là un élément important pour le gouvernement », explique-t-il. Par ailleurs, Robert Sauvé rappelle que le gouvernement doit investir dans le canal, de toute façon. « Les autorités ne peuvent laisser aller les structures et savent déjà que des travaux sont à faire sur le canal pour en maintenir la sécurité », rajoute-t-il.
Économie locale
Par contre, les deux hommes savent aussi que certains éléments jouent en défaveur du projet. « Notre faible taux de chômage est ce qui nuit le plus à l’avancement du projet, concède Robert Sauvé. On n’est pas une région où on a besoin de créer des emplois. En plus, le développement du canal accélérerait peut-être l’exode des régions, parce qu’on attirerait ici des jeunes qui viennent d’ailleurs », dit-il. Effectivement, Vaudreuil-Soulanges fait déjà face à une pénurie de main-d’œuvre dans certains secteurs. Aussi, la pression subie par les ressources publiques dans la MRC est déjà forte. Problèmes en infrastructures routières, pénurie de places en garderie et manque de ressources en santé ne sont que quelques exemples. Peut-être le Conseil des ministres voudra-t-il effectivement investir l’argent public dans une région où l’économie bat de l’aile plus qu’ici…
« Par contre, défend Albert Daoust, Beauharnois-Salaberry a un grand bassin d’employés non spécialisés et un fort taux de chômage, ce qui peut fortement jouer dans la balance », dit-il.
Sphère politique
Actuellement, le dossier du canal de Soulanges est étudié de près au comité des projets prioritaires du gouvernement, au même titre que celui de Port Saguenay, qui pourrait accueillir des croisières internationales. Tous attendent avec impatience une réponse du gouvernement. « Le moment est venu de décider », affirme Lucie Charlebois. Bien qu’on ne sache pas concrètement ce qui se trame actuellement dans les coulisses du pouvoir, la députée confirme que le projet suscite beaucoup d’intérêt à Québec.