Une affaire pour la vie
La santé mentale
Intervenant en maladie mentale depuis 21 ans, Marc-André Bédard, est directeur du Pont du Suroît depuis 16 ans. Basé à Salaberry-de-Valleyfield, l’organisme intervient auprès de 300 à 400 familles par année, dont 193 nouvelles familles en 2007. Voici le point de vue de l’intervenant qui rencontre les familles de la région.
Q : Quelle est la mission du Pont?
R: Aider, supporter et intervenir dans l’entourage des personnes touchées par la maladie mentale. Nous n’intervenons pas directement au niveau du patient. Nous accompagnons également les familles à la cour, dans le cadre de la loi P38, lorsque les personnes présentent un danger pour elle-même.
Q : Y a-t-il un aspect particulier de la santé mentale aujourd’hui?
R: Les personnes que nous rencontrons nous arrivent très informées. Malgré tout, une facette importante de notre intervention est la démystification, l’abolition des préjugés. Nous débutons en donnant de l’information spécifique à la maladie puis une fois cette information assimilée, nous procédons à la formation des proches, quoi faire en situation de maladie mentale, le savoir-être et le savoir-faire.
Q : Quelle est votre tâche la plus difficile?
R: Le sentiment d’impuissance dans certains cas est très dur, particulièrement la souffrance vécue par les parents d’enfants malades. La notion de temps est très particulière, la maladie mentale n’a pas de fin et l’espoir diminue parfois.
Q : Y a-t-il une augmentation des personnes ayant un trouble de santé mentale?
R: Selon l’Organisation mondiale de la santé, en 1987, une personne sur sept souffrait de maladie mentale. En 2001, une personne sur cinq était atteinte; en 2005, une sur quatre. La progression des maladies répertoriées est claire, mais s’agit-il vraiment d’une augmentation ou du fait qu’on divulgue davantage la maladie?
Q : La population peut-elle faire quelque chose?
R: Oui, être plus tolérant. Quand une personne prend un peu plus de temps au guichet automatique de la banque, ou à la caisse de l’épicerie, on peut démontrer plus de patience. Réduire son rythme de vie et augmenter sa tolérance partout feraient une grande différence pour tous.
Q : Y a-t-il un groupe d’âge plus touché qu’un autre?
R: On voit les personnes du groupe 18-22 ans de plus en plus. La consommation de drogues est définitivement un facteur aggravant.
Q : Les environnements de travail sont-ils la cause de tant de problèmes?
R: Je crois que la non-reconnaissance est un problème en soi. Il faut toujours donner son « 110% » et puisque le monde en général aime les choses bien faites, la pression de performer est toujours présente. En conséquence, si on ne peut tout faire, le sentiment d’insatisfaction prédomine.
Q : Quelles sont les idées les plus fausses à propos de la maladie mentale?
R: Que les personnes souffrantes d’une maladie sont automatiquement dangereuses. Rien n’a jamais été prouvé à ce sujet.
Aussi, que la maladie mentale n’est pas une maladie physique. La différence c’est que ça se passe dans la tête, mais la maladie mentale est bel et bien physique.
Q : Le comportement le plus sain à adopter pour ne pas tomber malade?
R: Être à l’affût. Chez les familles où certains membres sont atteints de schizophrénie, les chances que d’autres membres développent la maladie sont réelles. Dans ce cas, il faut se considérer chanceux d’être au courant et de pouvoir déceler les symptômes aussitôt que possible.
Q : Peut-on se sortir tout seul d’une dépression?
R: Oui, avec une introspection profonde. Il faut être prêt à changer beaucoup de choses, la vie privée, le travail, la carrière.
Q : Le cheminement avec un thérapeute peut-il faire toute la différence?
R: Ça dépend des maladies. Dans le cas des névroses où il y a perte avec la réalité, non. Par contre, en psychothérapie, les symptômes et les signes de rechute peuvent être décelés et désamorcés plus rapidement.
Q : La médication est-elle en soi un problème?
R: Il faut souvent commencer une thérapie par l’atténuation des symptômes pour que le patient soit plus réceptif avant de commencer à travailler quoi que ce soit. L’atténuation de ces symptômes se fait avec une médication qui possède un temps de réponse très lent, qui joue parfois contre nous. On doit s’ajuster en augmentant les doses. On peut observer certains effets spécifiques à chaque patient et des effets secondaires peuvent brouiller les choses. Dans ces cas, la médication peut devenir un problème.
Q : Quel est votre plus grand souhait?
R: Recevoir 50 000$ en subvention pour permettre l’embauche d’un troisième intervenant.
Marc-André Bédard, directeur du Pont du Suroît.