Philippe et Francine Lafleur, du Dépanneur Lafleur à Saint-Clet, ont décoré les panneaux de leur nouvel étalage de cigarettes, question de rendre le tout plus attrayant à la clientèle.
Désaccord et irritation
Politique d’étalage des produits du tabac
Depuis le 31 mai, tous les produits de tabac doivent être soustraits de la vue des clients. La mesure vise la réduction de la consommation chez les jeunes, mais les commerçants n’y croient pas.
Le dicton dit bien « Loin des yeux, loin du cœur », mais, pour le consommateur de tabac, le cœur a ses raisons. De l’avis des commerçants, cette mesure n’aura pas d’incidence sur la consommation des produits de tabac. Pour le fumeur adulte et régulier, le comportement n’a pas changé; pour les jeunes, les commerçants remarquent un ajustement, tout au plus.
Pour Diane Drouin, gérante du dépanneur de la station-service Shell en bordure de l’autoroute 40 à Rigaud, ce nouvel étalage ne dissuade pas les clients. Au surplus, la nouvelle politique représente une dépense inutile et du travail en surplus. Les commerçants doivent en effet aménager des tablettes aux dimensions spécifiques, ce qui représente des dépenses pouvant atteindre 1 000 $. De plus, le service aux clients et le rangement demandent plus de temps. En fait, madame Drouin soupçonne que la consommation de produits de contrebande va même augmenter.
Un problème plus grave : la contrebande
Quant à Francine et Philippe Lafleur, propriétaires du Dépanneur Lafleur à Saint-Clet, la contrebande est également à la source d’une diminution significative de la vente des produits du tabac et non leur nouvel étalage. Depuis 2000, Philippe Lafleur estime une perte de revenus des produits de tabac entre 60 à 75 % à la contrebande. Au lendemain d’arrestations de trafiquants dans la région, les ventes sont nettement plus élevées et se maintiennent pendant environ deux à trois semaines, le temps au réseau de contrebande de reprendre le marché.
Autre point intéressant, Francine Lafleur souligne que les nouveaux produits de tabac qui contiennent moins de nicotine et qui sont moins odorants ne sont plus vendables. Le client ne peut connaître ces nouveaux produits, pourtant moins nocifs pour la santé, leur promotion étant interdite.
Pour le Dépanneur Lafleur, même si les ventes de cigarettes n’ont pas diminué depuis la loi sur l’étalage, les propriétaires essuient des pertes : une baisse radicale associée à la contrebande, une diminution des ventes de cigares, des dépenses pour l’aménagement du nouvel étalage et un manque de revenus (environ 2 500 $) associés au positionnement des produits.
Même situation, au Dépanneur Couche-Tard de l’avenue Saint-Charles à Vaudreuil-Dorion, où les nouvelles mesures « ne changent rien ». Selon Isabelle Décoste, de Couche-Tard, les clients jugent la mesure ridicule et déplorent le peu d’attrait des nouveaux étalages. Les employés à temps partiel éprouvent du mal à connaître tous les produits et servir le client leur demande plus de temps.
Des recommandations restées lettre morte
Pierre Alexandre Blouin, directeur aux affaires publiques de l’Association des détaillants en alimentation du Québec, a pourtant travaillé trois ans à réduire les irritants dans l’application de la loi, mais sans succès. Les recommandations de l’Association n’ont pas été prises en considération. Selon lui, les ventes ne diminueront pas et la solution se trouve dans un partage de la responsabilité. Actuellement, seuls les commerçants ont le devoir de cacher les produits de tabac et de vérifier l’âge du consommateur. Mais aucune loi n’existe quant à la consommation de produits du tabac. De plus, M. Blouin explique que, si une loi dicte de cacher un produit, sa possession devrait être interdite aux mineurs. La société démontre un grand laxisme sur la consommation chez les mineurs, autant pour le tabac que pour l’alcool. Enfin, Pierre Alexandre Blouin déplore le fait que le client ne peut consulter l’information du produit sur le paquet avant l’achat et souligne le problème des nouveaux produits moins nocifs qui ne sont pas présentés aux clients.