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Le père Pops se repose à Pincourt
Le « papa » des jeunes itinérants
Au presbytère de l'église Saint-Patrick à Pincourt habite un prêtre unique, un homme passionné qui fait preuve d'une détermination remarquable pour aider les jeunes sans-abri. Le père Pops, fondateur de l'organisme Le Bon Dieu dans la rue, se repose à Pincourt depuis un an, épuisé par la maladie, et le travail acharné des 20 dernières années avec les jeunes sans-abri de Montréal. Il a néanmoins accepté de raconter son histoire, ses souvenirs et ses espoirs.
Un mercredi matin de juillet, le père Pops, tout juste réveillé, s'installe dans la cuisine du presbytère. Devant un verre de jus d'orange et ses céréales préférées, il nous ouvre son cœur et raconte sa vie comme missionnaire auprès des jeunes.
Le père Pops, Emmett Johns de son vrai nom, débute par son bilan de santé. Ce printemps, on lui a diagnostiqué la maladie de Parkinson. Un diagnostic qui s'ajoute à de longues années de dépression, et à un triple pontage en 2000.
Il y a un an, ce prêtre de 80 ans recherchait un lieu de repos, un endroit où reprendre ses forces. Il était extrêmement faible et il commençait soudainement à chuter. « Je suis arrivé à Pincourt, et je dormais 17 à 20 heures par jour », raconte-t-il. Plus tard au cours de l'entrevue, il pointera son doigt vers l'escalier où il a chuté et le trou que sa tête a fait dans le mur. Il prend maintenant des médicaments pour atténuer ses symptômes. Il affirme être en meilleure forme et garder espoir. « Je me dis que le pape Jean-Paul II et Michael J. Fox ont eu le parkinson. Peut-être je profiterai de la recherche scientifique. »
Maladie ou non, il est prêt à recommencer à travailler. Il est fébrile à l'idée de retourner à bord de la roulotte. « Les jeunes me manquent. Je ne veux pas simplement travailler dans un bureau. Il faut que je sois présent pour eux. Je ne suis pas encore satisfait de mon travail. Je veux que tous ces jeunes aient une maison. »
Missionnaire chez lui
Né en 1928 sur le Plateau-Mont-Royal, Emmett Johns rêve de devenir pilote. Son père insiste pour qu'il fasse des études supérieures. Emmett Johns décide donc de poursuivre ses études en théologie au Grand Séminaire de Montréal. « Je n'étais pas un génie à l'école, loin de ça! » affirme le prêtre. En fait, il avoue ne pas avoir obtenu la note de passage en latin, un outil essentiel pourtant pour dire la messe! Il rêve de devenir missionnaire à l'étranger et s'inscrit à la Société des missions étrangères de Scarborough. La Chine l'attire particulièrement, mais ses supérieurs estiment qu'il n'a pas le tempérament d'un missionnaire. Il ne sait pas que sa mission se concrétisera à même sa ville natale.
Alors commence sa carrière en tant que prêtre à Montréal. Il prend en charge plusieurs paroisses et devient l'aumônier de l'hôpital Douglas et de deux maisons pour jeunes filles en difficulté, Marian Hall et Ransom House. « Nous appelions la maison Ransom (« rançon » en français) parce que c'était comme si nous payions une rançon pour enlever ces jeunes de la rue. » Il a vite remarqué qu'un peu d'amour et le fait d'avoir un endroit sécuritaire pour dormir provoquaient un changement chez ces jeunes filles. « Les filles ne se sauvaient plus, parce qu'elles savaient qu'il y avait une place pour elles. »
Les règlements, le père Pops n'aime pas les suivre. C'est peut-être pourquoi il a si bien réussi et que tant de jeunes lui font confiance. « Les jeunes filles à la Ransom House m'aimaient beaucoup parce que je leur donnais quelques passe-droits », dit-il en riant.
Après 46 ans de prêtrise, à l'âge de 60 ans il recherche toujours un défi à relever. En 1988, il entend parler d'un homme qui utilise une roulotte à Toronto pour nourrir des sans-abri. Curieux, il visite cette roulotte, mais rêve d'un projet beaucoup plus gros.
Dans la rue
Une intervention divine a probablement aidé à l'épanouissement du projet Bon Dieu dans la rue, croit le père Pops.
Le père Pops avait besoin de trois choses pour assurer le succès de son projet : un véhicule, un cellulaire et une entente de gré à gré avec la police. Une caisse populaire lui accorde un prêt de 10 000 $ pour l'achat d'une roulotte. Pour le cellulaire, une technologie qui coûtait près de 2000 $ à l'époque, le père Pops décide d'appeler Bell Canada pour lui expliquer son projet. À sa grande surprise, il apprend que la secrétaire du président connaissait sa sœur. Le lendemain, il reçoit un téléphone sans frais.
Autre coïncidence : le directeur général du corps policier montréalais est en fait un ancien ami du prêtre. Le père Pops a été son instructeur de pistolet il y a une trentaine d'années. « Il m'a accueilli à bras ouverts et m'a dit qu'il ferait tout ce qu'il pourrait pour moi et mon projet », raconte-t-il. Les policiers des postes 25 et 33 sont avisés de ne pas s'approcher de la roulotte pour harceler les jeunes et que, si le père Pops demande de l'aide, une auto-patrouille devra arriver en 90 secondes. « Les jeunes ont vite appris que la roulotte est un endroit sécuritaire, loin des policiers. »
Donc, avec son cellulaire, son entente et sa roulotte, il ne manque plus au père Pops que des hot-dogs. Lors de sa première nuit de travail, le père Pops se stationne au coin d'Atwater et Sainte-Catherine. Le mot se passe : un monsieur en roulotte offre des hot-dogs et un café gratuits aux jeunes sans-abri. La première employée du père Pops, Claudette, a elle-même vécu dans la rue. Elle connaît plusieurs des jeunes qui y vivent et s'assure que tous apprennent l'existence de la roulotte. Le premier soir, deux jeunes profitent du service. À la fin du mois, ce sont une trentaine de jeunes qui fréquentent la roulotte.
Aujourd'hui, l'organisme compte près de 60 employés et plus d'une centaine de bénévoles, et plus de 1000 hot-dogs sont servis chaque soir. Emmett Johns est bien connu, et les jeunes l'ont surnommé affectueusement Pops, le « papa » des jeunes de la rue.
L'organisme a aussi ouvert le bunker, un refuge de nuit. Il offre même des cours aux jeunes dans une école au deuxième rang des meilleures écoles alternatives d'éducation des adultes au Québec.
L'école du crime
Au Bon Dieu dans la rue, le mot d'ordre est que tous doivent offrir trois choses à tous les jeunes : le service, le respect et l'amitié. « Je dis aux jeunes "Viens, prends ma main et je t'aiderai". Il ne faut pas être condescendant. Souvent, ils ne savent pas comment se sortir du pétrin. »
En retour, les jeunes respectent le père Pops, les bénévoles et tous les autres sans-abri dans la roulotte.
Cet humanisme aide les jeunes, contrairement au harcèlement des policiers. « Nous ne les avons jamais battus, et ils ne nous ont jamais attaqués. » Le père Pops travaille ardemment à garder les jeunes hors de prison, puisqu'il croit que c'est un endroit propice pour apprendre le crime.
Il fait également face à la réalité des drogues, de la prostitution et des jeunes filles enceintes. Il voit les effets néfastes de ce mode de vie sur les jeunes et essaie de leur donner une seconde chance.
Il se rappelle même le jour où le politicien André Boisclair a personnellement aidé un jeune à trouver de l'aide médicale pour entreprendre une cure de désintoxication. La tolérance et la réceptivité du politicien au problème du jeune ont impressionné le père Pops.
Une approche humaine
Mais un prêtre ne doit-il pas prêcher la parole de Dieu? Le père Pops explique qu'il n'est pas facile d'aborder le sujet de Dieu et de la religion lorsqu'un jeune est profondément désabusé. De nombreux jeunes n'ont jamais ressenti l'amour d'un autre, même de la part de leurs parents. « Je n'ai jamais poussé la question de la religion avec les jeunes. Les actions parlent plus fort que les mots. » Cependant, après avoir établi un lien de confiance avec les jeunes, le père Pops leur parle de la possibilité que Dieu les aime et il leur parle de spiritualité. Souvent, pour éviter d'effrayer les jeunes avec la religion, il préfère parler de Dans la rue, simplement.
L'avenir des jeunes
Maintenant, le père Pops se concentre sur l'avenir du Bon Dieu dans la rue. Il espère plus que la roulotte et le bunker. Il veut une maison permanente pour aider les jeunes à reprendre leur vie en main, un peu comme il a fait avec la Ransom House et le Marian Hall.
En reconnaissance de son travail, le père Pops, a entre autres reçu cinq doctorats honorifiques, l'Ordre du Québec et celui du Canada. Lorsqu'il prononce une allo devant des finissants en éducation, il leur rappelle l'importance du travail des enseignants. « Réalisez que tous les jeunes ont une mine d'or dans leur tête. C'est à vous de la découvrir, parce que vous serez peut-être les seuls à le faire. Trouvez leur richesse et amenez-les vers de plus grandes choses. »
Pour faire un don au Bon Dieu dans la rue, visiter le
www.danslarue.org.