La nouvelle navette Vaudreuil–Côte-Vertu a failli ne pas voir le jour. Le service est maintenant fonctionnel. (Mélanie Meloche-Holubowski)
En activité, malgré l’opposition de la CMM
L’Express Vaudreuil 40 sur la route de justesse
Vaudreuil-Dorion — Un différend entre la CMM (Communauté métropolitaine de transport)et l’AMT (Agence métropolitaine de transport) a presque annulé le service de l’Express Vaudreuil 40, qui débutait mardi matin. Le Conseil intermunicipal de transport (CIT) La Presqu’Île s’est empressé à la dernière minute de négocier un autre contrat pour assurer la bonne marche du circuit.
Vendredi après-midi, la ministre du Transport, Julie Boulet, a décidé in extremis de suspendre l’exploitation du nouveau circuit privé, en raison de plaintes du milieu municipal. Le contrat de la nouvelle navette d’autobus entre la gare de Vaudreuil et le métro Côte-Vertu avait été octroyé à une firme privée, soit Transdev-Limocar, après un appel de propositions publiques. Cette même firme a obtenu le contrat pour un express entre l’Île-des-Sœurs et Montréal. L’AMT prenait la responsabilité de gérer ces deux circuits.
Mais, la CMM a estimé que la création de ces circuits a été faite sans qu’elle ait été consultée, une action illégale à ses yeux.
L’AMT et la CMM sont depuis longtemps en désaccord quant à leur rôle dans le transport en commun dans la grande région de Montréal. La CMM est l’organisme gouvernemental responsable du développement des transports en commun métropolitains. Cependant, l’AMT se dit responsable du service de transport d’autobus métropolitain, une affirmation que conteste la CMM.
Par contre, les tarifs de l’AMT sont assujettis à l’approbation de la CMM. « Nous avions transmis nos tarifs le 30 juin 2008. Jusqu’à vendredi dernier, elle n’avait pas désavoué nos tarifs », renchérit Marie Gendron, vice-présidente Communications et marketing à l’AMT, à propos de la CMM. « Nous étions convaincus qu’elle approuverait le tout. »
Les vives contestations de la CMM et des syndicats ont fait réagir la ministre Boulet. Elle a donc demandé à l’AMT de suspendre son service avec Transdev-Limocar jusqu’à ce que les consultations avec la CMM soient terminées.
Contrat de dernière minute
Pour éviter de pénaliser les usagers de L’Express Vaudreuil 40, la ministre a décidé de mandater le CIT La Presqu’Île pour offrir un service en attendant le dénouement de ce différend. Le président du CIT, Guy Pilon, et les membres du CIT ont travaillé toute la fin de semaine pour trouver à la dernière minute des autobus pour mardi. Un contrat a été signé dimanche vers 14 h 30 avec Orléans Express. Sans ce travail acharné, l’Express Vaudreuil 40 n’aurait peut-être pas été en activité mardi matin.
Ce contrat est temporaire, ajoute M. Pilon, le temps que l’AMT reçoive l’accord de la ministre et de la CMM pour procéder à l’exploitation du service. M. Pilon espère que la ministre reconsidérera la décision de vendredi et que le contrat original avec Transdev-Limocar sera respecté.
Le contrat temporaire coûte quelque cent dollars de plus par jour, mais M. Pilon a expliqué que ce sera au ministère des Transports de régler les factures. « Nous avions déjà une entente pour les moyens de mitigation pour la construction du pont Galipeault. »
Finalement, le premier autobus est parti de la gare de Vaudreuil à 5 h 35 mardi, comme prévu, et plus de 135 usagers ont utilisé le service mardi matin. « Le téléphone ne dérougit pas », signifie René Mailly, directeur général du CIT. Pour le CIT, l’essentiel était d’offrir le service, comme promis.
Les syndicats s’en mêlent
Après l’annonce de la ministre Boulet, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) a émmis un communiqué, se réjouissant de la décision de la ministre. Le SCFP accuse l’AMT de ne pas avoir respecté les procédures en place et d’avoir contourné les consultations prévues par la loi. Le syndicat s’inquiète également de la privatisation du transport en commun.
« La STM et le RTL (Réseau de transport de Longueuil) sont les mieux placés et les plus expérimentés pour offrir aux usagers un réseau de transport accessible et efficace, pour autant qu’on ne détourne pas les rares fonds publics au profit de transporteurs privés comme la multinationale Transdev. L’AMT doit être rappelée à l’ordre. Elle n’a pas à se substituer à nos sociétés publiques », affirme Michel Parenteau, directeur adjoint du SCFP au Québec. Stéphane Lachance, le porte-parole du secteur transport en commun du SCFP, qualifie « d’indécente » cette ligne privée. « C’est créer une classe d’usagers aux dépens du service public, demander aux contribuables de payer pour le luxe d’une minorité. » Il ajoute que le service public est « l’outil par excellence pour assurer le transport collectif ».
Marie Gendron dit comprendre les inquiétudes quant à la privatisation du transport en commun. Cependant, elle rappelle que, même si le contrat a été octroyé à une firme privée, l’AMT est un organisme public. « C’est géré par un organisme de transport public. Personne ne fera de l’argent avec ça. »
Elle ajoute que la STM a elle-même soumissionné pour le circuit de l’Île-des-Sœurs, mais que le prix de son contrat était 38 % plus élevé que ceux de tous les autres soumissionnaires, « même si elle est subventionnée à plus de 50 % par le gouvernement. »
Enfin, toute cette histoire n’est qu’une question de plaintes des syndicats, croit M. Pilon. Il explique que l’ambivalence des responsabilités de la CMM et de l’AMT en ce qui concerne le transport est la cause de cette dispute. Il ajoute que l’Express Vaudreuil 40 sera bénéfique aux citoyens et que celui-ci n’a pas des tarifs exorbitants. Un service privé évite les grèves syndicates, une situation que le président du CIT veut éviter.
« Nous sommes très conscients que la STM et la CMM veulent étendre leur hégémonie dans la région. Mais les syndicats en transport en commun, on n’en veut pas ici », proclame M. Pilon.